J’ai contacté SOS trans Paris

Travesti, transgenre, transsexuelle

 

Le mail que j’ai envoyé :

 

Bonjour,

J’ai un corps mâle (apriori sans caractéristique biologique intersexe) et je vis en homme depuis 42 ans.
Depuis au moins 20 ans, dans tous mes fantasmes sexuels j’ai un corps femelle et une place sexuelle de femme. Idem quand je regarde une scène de sexe homme/femme : je m’identifie toujours à la femme.
J’ai longtemps pensé que ce fantasme était un pur fantasme sexuel et j’ai réussi à évacuer la pulsion sexuelle en m’habillant en femme (surtout avec des dessous) et en m’enfonçant de truc dans l’anus en imaginant que j’étais une femme avec un vagin.
A coté de cette activité sexuelle solitaire j’avais des relations amoureuses et sexuelles avec des femmes mais je n’ai jamais trouvé la pénétration en homme pénétrant interessante, je faisais plus pour rendre service ou pour maintenir le lien que par réelle pulsion sexuelle.
Toutes les femmes que j’ai connues savaient ce que je faisais tout seul dans ma chambre car je n’ai jamais eu ni honte ni culpabilité par rapport à ce besoin qui m’a toujours paru naturel et épanouissant. Tout au plus je sentais que les autres ne comprendraient pas mais d’un certain coté je pensais que tous les hommes étaient comme ça.
Je me voyais donc comme un homme normal ayant une sorte de jeu sexuel solitaire.
Puis à 33 ans, suite à une rupture affective avec une femme j’ai commencé le sexe avec les hommes. En femme bien sûr. Sans éprouver aucune attirance physique ou émotionnelle pour les hommes plus ou moins inconnus que je rencontrais (je voulais qu’ils restent habillés pendant le sexe et pendant 7 ans je n’ai même pas embrassé un de ces hommes, c’est dire le faible attrait que j’avais pour eux).
J’avais donc des relation sexuelles avec des hommes sans être attirés par eux et ceci dans une société homophobique. Plutôt étrange donc comme choix sexuel.
D’autant plus étrange qu’à chaque fois ou presque je me disais que ce n’était pas non plus mon truc, que le sexe avec les femmes n’était pas super épanouissant mais que c’état toujours mieux (car j’avais une attirance et que je me sentais amoureux) que le sexe avec ces clowns que je voyais comme des gays honteux alors même que moi je ne me voyais PAS DU TOUT gay.
Rencontrer ses hommes (tous en couple avec des femmes ou attirés par les femmes et non par les hommes selon leurs dires, c’était d’ailleurs un critère de sélection pour moi) m’a obligé à me maquiller, à m’habiller en femme, à passer des dessuus et des chaussures à une sorte de panoplie complète de femme.
J’ai donc commencé à me percevoir comme un travesti. Donc toujours comme une homme en théorie.
Petite précision : je ne faisais rien avec mon sexe mâle avec ses hommes, dans ma tête j’avais un vagin et j’étais une femme même si je avais que tout ça était une mascarade mais cette mascarade semblait naturelle, plus authentique que le sexe en homme avec une femme.
Pour être précis le sexe en homme avec une femme ou plutôt le coit actif m’a toujours paru comme un truc faux, je me suis toujours senti plus ou moins comédien, observateur, pas impliqué et au lieu d’être apaisant et épanouissant il était anxiogène et frustrant car je me disais toujours que la femme avait pris ma place et que j’avais le mauvais rôle, que je faisais une corvée et qu’elle profitait de moi !
Pourtant  je bandais normalement, j’éjaculais normalement mais je ne jouissais pas vraiment, on peut dire que c’était bien moins plaisant que le sexe en femme tout seul avec un gode.
Je pourrais rajouter que j’étais puceau jusqu’à 22 ans et que donc le sexe avec les autres ne m’intéressait pas vraiment puisque dans tous mes fantasmes j’étais une femme  alors que dans la réalité je devais être un homme.
Il y 2 ans j’ai commencé à embrassé des hommes durant le sexe et j’ai trouvé ça plutôt agréable. Plus ou moins en même temps, j’ai commencé à me percevoir comme transgenre, c’est à dire entre homme et femme, en tout cas plus du tout homme.
Durant toutes ces années l’idée de changer de sexe était présente mais uniquement pendant que j’étais dans le fantasme sexuel, une fois que j’avais éjaculé ça devait une idée farfelue (mais quand même présente en background je pense). Depuis peut être 2 ans elle est présente même en dehors du fantasme.
Comme je suis une personne intelligente, bien informée et qui ne fuit pas les problèmes j’ai longtemps essayé de trouver une explication via des auto-diagnostics que d’autres refusent mêmes d’envisager : personnalité borderline, structure mentale borderline, travesti fétichiste, structure mentale perverse, transsexuelle, trouble de l’identité de genre, dysphorie du genre, j’ai épluché les D.S.M. (tout en pensant que c’est un nid à conneries…car l’approche catégorielle est stupide et normative).
J’ai bien sur consulté des spécialistes de la santé mentale : 1) psychologue (1 an), 2) psychiatre/psychanlyste/sexologue (4 ans), 3) psychanalyste/psychiatre (2 ans, toujours en cours) et 4) psychiatre (6 mois, toujours en cours) et j’ai même fait une de socio-thérapie avec des dingues (2 ans) avant d’en être viré car pas vraiment malade selon le psychiatre chef !
La psychologue 1) a dit : « personnalité à l’intelligence vive, ayant un diplôme supérieur mais n’arrivant pas à s’intégrer socialement à cause d’une recherche identitaire liée à une faille narcissique ». Pour moi ça sonnait très borderline mais je lui avait demandé si j’étais borderline ou bipolaire et elle avait dit que non.
Le psychiatre 2) qi ne connaissait RIEN à la question trans a dit, après 4 ans : «  identification à’ l imago de la mère, il va falloir travailler ça »
Les 2 professionnels que je consulte actuellement connaissent la question trans, j’ai un très bon rapport avec eux et j’ai confiance en eux (donc je ne dois pas être borderline ?!)
Mais cependant il y a un GROS problème avec eux : ils ne sont pas d’accord sur qui je suis.
Ils sont d’accord pour dire que je ne suis pas malade et que je n’ai aucun besoin de psychotrope (je n’en ai jamais pris).
Le premier m’a dit que j’avais un genre homme, que je n’étais en rien trans et qu’aucun psychiatre ne dirait que je suis trans.
Quand je suis allé le voir je ne voulais pas entendre que j’étais trans, je ne savais pas ce que je voulais entendre, j’avais bien sur peur d’entendre que j’étais trans mais en même temps l’entendre m’aurait ouvert une porte vers un espoir.
Toujours est il que je suis allé voir le deuxième spécialiste avec l’idée qu’il dirait la même chose et qu’au plus je pourrais entendre que je suis une sorte de mélange homme/femme puisque je ne voyais comme ça en allant le voir.
On peut penser que si je suis allé le voir c’est que je voulais finalement de façon inconsciente entendre autre chose que ce que disait le premier.
Le deuxième psychiatre m’a dit que j’avais un genre femme, que c’était évident et que le premier psychiatre qui est quelqu’un de compliqué a du partir sur une théorie compliquée alors qu’il fallait faire simple, pour lui je suis un cas trans certes complexe mais un cas trans authentique et non un travesti car il y a chez moi une authentique recherche identitaire liée au genre.
Pour dire à quel point le premier est compliqué : il est psychiatre mais ne donne jamais de médicament car selon lui ça ne sert à rien car la maladie mentale n’existe pas, il est Lacanien mais pense que les trans ne sont PAS psychotiques et que les structures mentales n’existent pas, il rejette aussi le complexe d’oedipe et l’identification aux parents et dit que le narcissisme n’existe pas…et m’a dit qu’il m’imaginait bien porter des couches !
Il est compliqué mais il n’est pas psychorigide car après une pause de 7 mois suite au décès de ma mère, je suis allé le voir en lui disant que j’avais trouvé depuis 2 mois un nouveau psychiatre et que celui-ci avait dit que j’avais un genre femme et que donc il n’était pas d’accord avec lui.
Je lui est demandé après plusieurs séances s’il avait pu se tromper en disant que j’avais un genre homme, il a répondu que OUI. Je lui ai demandé si j’avais bien fait de voir le deuxième psychiatre il a répondu OUI. Je lui ai demandé s’il avait changé d’avis à cause du deuxième avis, il a répondu que non, je lui ai demandé s’il avait changé d’avis à cause de se ce que je disais et il a répondu oui.
Bref, j’ai un psychiatre compliqué qui dit que je suis peut être trans après avoir dit que j’étais homme à 100% et un psychiatre simple qui dit que je suis trans car selon lui je fonctionne de l’extérieur vers l’intérieur donc comme une femme (ce que le premier psychiatre qualifie de vieille théorie Freudienne à laquelle bien sur il ne croit pas !).
J’ai demandé au deuxième psychiatre ce qu’on me dirait si j’allais demander de l’aide à une équipe hospitalière spécialisée, dite officielle, une de celles décriée par la plupart des trans.
Sa réponse : «  je n’ai quasi jamais eu de patient qui sont allés dans ces équipes mais d’après ce que je sais à Paris on va vous renvoyez chez vous en vous disant après x années que vous êtes trans secondaire (comprendre un fantasmeur pervers, auto-gynephile, c’est bien ça  ?!) et à Lyon on va vous dire que vous êtes trans secondaire et vous donner des hormones et vous proposer une chirurgie si vous la réclamez »
La séance suivante j’ai émis une hypothèse en disant que peut être les primaire était les psychotiques et les secondaires des borderlines.
 Il m’a répond que non, que pour lui on rencontre de tout et que les secondaires sont ceux qui se découvrent trans dans une délire ou en ayant un flash suite à une émission et qu’ils sont hyper rare alors que les primaires sont ceux qui comme moi lutte depuis x années à se demander qui ils sont. En gros pour lui tous les trans sont légitimes dans leur demande et je suis donc légitime.
J’ai vu une fois un psychiatre de votre équipe sur youtube, je n’étais pas d’accord avec tout ce qu’il disait mais il m’a semblé assez raisonnable et pas trop dogmatique bien que clairement pathologisant (on sautait que pour lui trans = maladie).
Il avait parlé de cas de travestis qui « se transsexualisent » avec l’âge et de pont entre travestis et transsexuelle. Et je me suis assez bien reconnu dans ce cas.
De plus, hier soir j’ai parlé avec une personne trans plus âgée que moi en cours de transition chez vous et elle m’a dit que vous n’étiez pas si méchants que ce que les trans disent, que vous seriez même des humains  normaux  !
Je sais que vous devez voir pas mal de cas farfelus et des gens qui racontent tout et n’importe quoi pour vous convaincre qu’ils sont trans et qui parfois laissent tout tomber quand vous leur dites « OK, vous êtes trans on va vous aider ».
Mais  je ne suis un pas cas farfelu qui vous fera perdre du temps. Je suis une personne (trans?) qui souffre et qui a besoin d’aide.
Je ne sais pas si je suis trans mais il est clair qu’en homme je suis de moins en moins viable et que ma vie n’a aucun sens et que je ne me sens pas en vie mais hors de tout, comme dans une sorte de dépersonnalisation/déréalisation light mais quasi constante et totalement déconnecté des émotions (surtout positives).
Je pense assez souvent suicide et cette idée de suicide est toujours clairement liée à l’idée que je ne suis pas femme alors que je devrais l’être.
Je pense au suicide impulsif notamment quand je vois des femmes en collants qui me plaisent dehors, que je me dis que je devrais être comme elles, à leur place, que c’est pas possible, que je suis victime d’une erreur de tirage au sort à la naissance et que donc je vais devoir me tuer, que je vais peut être tenter d’être trans car finalement c’est mieux que rien, mais que je ne vais rien faire car c’est bien trop compliqué comme vie et que je n’ai pas la force de faire tout ça pour finir sous citoyen rejeté par tous puisque je ne suis même pas persuadé d’être une femme.
Je pense au suicide à moyen terme, organisée, quand sans stimulus extérieur je me dis que je ne suis pas une femme et que ma vie est ruinée à cause de cette idée que je devrais être une femme, que pour le moment je tiens dans une sorte d’hibernation mais que dès qu’un problème graves se rajoutera je ne tiendrais plus.
Je n’en peux plus de consacrer toute ma vie psychique à me demander si je suis oui ou non trans et de lutter contre la pulsion.
Je précise que je ne lutte pas contre la pulsion de m’habiller en femme ou de coucher avec des hommes, ça c’est quelque chose qui ne me pose pas de soucis car ce n’est pas un truc dangereux. Et ça me pause d’autant moins de soucis que dans cette situation sociale sexuelle je commence tout juste à me sentir à ma place et que je me suis dit « ah, voilà pourquoi les gens aiment le sexe, c’est vraiment cette vie que je veux, en femme avec un homme ».
Du coup paradoxalement je n’ai quasi plus de rapport sexuel avec des hommes (avec les femmes j’ai arrêté grosso-modo il y a 3 ans sans que ça me manque le moins du monde) et je cherche plus à avoir une expérience globale avec un homme qui me traite comme sa femme. Et j’ai aussi quasiment arrêté le sexe tout seul en femme avec un gode depuis que j’ai embrassé des hommes et que j’ai trouvé ça agréable (donc il y a 2 ans).
La pulsion contre laquelle je lutte est celle de changer de sexe, je lutte contre l’idée que je fais tout ça car suis trans car là il y a un vrai danger (modifier mon corps et le regretter) et cette lutte me vide de toute mon énergie psychique depuis 10 ans !
Ah, oui je précise qu’à 42 ans j’ai toujours vécu avec mes parents et que si j’avais vécu seul je ne sais pas où je serais aujourd’hui car très clairement je vis avec eux en partie pour me protéger du fantasme…sans eux je pense que j’aurais déjà changé mon corps depuis longtemps pour le faire coller à mes fantasmes car je suspecte fort que ce qui apparait comme un fantasme sexuel est la partie visible de l’iceberg trans, iceberg que j’ai refusé de de voir ou que je ne pouvais pas voir. Aujourd’hui, je pense que  je suis prêt à le voir si on m’y aide.
Bref, je voulais un rdv avec le psychiatre de chez vous, psychiatre supposé me dire que je suis un pervers qui fantasme, car Lyon est trop loin de chez moi.
 
 
Merci de me donner un rdv !
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