Hubert contre Guetta : la guerre des psychiatres ?

Travesti, transgenre, transsexuelle

Donc comme toute la planète le sait je suis suivie par 2 psychiatres, Hervé Hubert et Jean Guetta, tous les à Paris.

Ils ont au moins de 25 ans de métier en libéral, ils ne sortent donc pas de l’école comme Sébastien Machefaux (de « SOS trans Paris » à Saint Anne) que j’ai aussi envie de consulter pour avoir son avis de puceau potentiellement anti trans ou du moins pathologisant.

Ils ont de plus une bonne connaissance/experience du phénomène trans  car ils suivent pas mal de trans.

Donc leur avis compte.

Ils sont d’accord sur les points théoriques suivants :

  •  vouloir changer de sexe/de genre social n’est PAS une maladie mentale et ne devrait pas nécessiter une psychiatrisation automatique (mais la thérapie est conseillée pour s’assumer trans si on se questionne et pour gérer la transphobie ambiante).
  • c’est les anti trans est non les trans qui sont malades
  • on devrait pouvoir changer de sexe/genre social librement
  • les gays ne sont ni malades, ni pervers, ni immatures et les trans non plus
  • les travestis ne sont pas pervers
  • les trans ne sont pas dans la même logique que les travestis car ils questionnent leur identité sexuée ce que les travestis ne font pas
  • les trans ne sont pas du tout des gays qui se trompent de route
  • SOS trans, aka les équipes hospitalières publiques, ne sont pas les meilleurs endroits pour changer de sexe, en particulier SOS trans Paris
  • être trans n’implique pas la nécessité de faire une transition
  • il n’y a pas lieu de faire de différence entre trans primaire et trans secondaire, on est trans ou on ne l’est pas, l’âge auquel on se dit « je suis trans » ne compte pas pour juger de la légitimité de la demande
  • j’ai une apparence masculine normale en homme mais ca ne signifie pas que je ne suis pas trans, idem sur le fait d’aller chez  eux en homme (je suis allée 4 fois chez Guetta en femme et jamais chez HUB)

Ils ne sont PAS d’accord sur les points théoriques suivantes :

  • L’idée que le genre est une vérité intérieure qui peut rester obscure à la conscience des années (Guetta) contre l’idée que le genre est une illusion qui correspond à un certain nouage psychique entre image, corps et mots  avec une recherche de « plus de jouir »  en femme ou en homme (HUB)
  • L’idée que le genre est FIXE (Guetta) contre l’idée que le genre évolue (HUB)
  • L’idée qu’il n’y a que 2 genres (Guetta) contre l’idée qu’il y a x genres (HUB)
  • L’idée que la dysphorie de genre en tant que mal être tel que défini dans le DSM existe (Guetta) contre l’idée qu’elle n’existe pas (HUB)

Je pose aux 2 psychiatres les 3 questions suivantes :

  1. Est ce que si je me suicide il serait étonné
  2. Est ce que je suis capable de travailler
  3. Est ce que s’il me croise changée en femme dans 5 ans alors qu’on ne s’est pas vu 5 ans il serait étonné

Leurs réponses :

HUB :

  1. Je suis capable de me suicider
  2. Je suis capable de travailler
  3. Il ne s’est pas posé la question mais testons pour voir !

Guetta :

  1. Il serait désagréablement surpris si je me suicide
  2. Je ne suis PAS capable de travailler
  3. Il ne serait PAS surpris

Donc ils disent l’inverse sur 2 questions.  Je trouve ca assez amusant et intéressant et ca laisse à première vue  perplexe sur la psychiatrie.

Comme je n’aime pas rester en surface et que j’aime aller en profondeur et bien comprendre je demande plus d’explications sur le suicide et le travail.

Et je questionne en particulier HUB car quand il dit oui ou non à une question fermée ce n’est pas forcement la même logique que la plupart des gens, par exemple si je lui demande si j’a une dysphorie de genre il dira non (mais selon lui personne n’a de dysphorie de genre car le genre n’existe pas), si je demande si je suis psychotique il dira non (car il pense que personne ne l’est)…donc il pourrait penser que je peux me suicider car tout le monde peut ou que je peux travailler car tout le monde le peut.

Je signale aussi à chacun que l’autre dit l’inverse.

Voici leur avis expliqués :

HUB :

  1. Je suis donc dans une configuration où le suicide est possible et ce n’est pas la configuration de la plupart des gens. Pour autant il ne pense pas que je suis suicidaire et que je vais me tuer d’ici la prochaine séance.
  2. Je ne peux pas travailler là de suite ou dans 3 semaines mais il est possible qu’un jour je travaille.

Guetta :

  1. Je ne suis pas dans le désespoir car je cherche qui je suis de façon active et motivée et donc je ne suis pas dans une logique de suicide à ce jour mais la dysphorie de genre fait souffrir et que les chiffres sont parlant (40% de tentative de suicide chez les trans)  donc je pourrais un jour être suicidaire
  2. J’ai les compétences pour travailler mais je n’ai pas envie de travailler et donc impossible de travailler. Et ce manque d’envie pourrait être lié à la dyshorie de genre et au questionnement identitaire qui occupent mon esprit.

Donc finalement ils sont assez d’accord :

  • Pas suicidaire aujourd’hui  mais à risque sérieux de l’être un jour (contrairement à la plupart des gens)
  • Incapable de travailler car préoccupé par autre chose de plus important que le travail mais pas inemployable à vie comme pourrait l’être une personne dite schizophrène

Ils sont de façon plus générale d’accord sur les points suivants me concernant :

  • Je ne suis pas motivée par la seule recherche de plaisir sexuel comme le ferait un travesti fétichiste
  • La composante  sexuelle est chez moi la partie visible de l’iceberg
  • J’ai une authentique recherche identitaire et un questionnement profond sur mon identité sexuée (suis je homme ou femme ?) et sur qui je suis ou ne suis pas
  • Je n’ai pas de maladie mentale flagrante qui pourrait expliquer cette idée de changer de sexe
  • Je n’ai pas du tout besoin de médicament
  • Je suis le bienvenu dans leur cabinet et ils me trouvent toujours une place alors qu’ils sont overbookés
  • Je suis une personne compliquée et interessante
  • Je ne fonctionne pas comme un homme classique

Ils ne sont pas d’accord sur les points suivants  me concernant :

  • L’idée que je n’ai pas du tout un genre homme mais bel et bien femme (Guetta) contre l’idée que j’ai un nouage homme mais que parfois j’ai un nouage autre, proche de femme sans être vraiment femme, un nouage exotique  donc je serais un homme qui est femme hors norme en interim mais que ce nouage peut changer !
  • L’idée que le fait que je parle de moi au masculin dans la vie ne signe pas que je ne suis pas trans (Guetta)  contre l’idée que c’est signe que je ne suis pas trans (HUB)

Peut être que dans 10 ans ils seront d’accord sur tout ?

Question : ca m’apportera quoi s’ils sont d’accord un jour  ?!

Pourquoi leur avis compte autant sachant que la plupart des trans s’en tapent de l’avis des psychiatres ?!

Car je ne suis pas trans ou car je suis trans avec un bon Q.I. (d’où je veux comprendre et avoir l’avis des gens supposés savoir) et un côté gamin immature soumis aux parents  (d’où il me faut l’accord  d’une autorité pour me rassurer !)  ou car je cherche une excuse pour ne pas me changer en femme car j’ai PEUR ?!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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