Mon regard sur les gens dits « transsexuelles » a changé

Travesti, transgenre, transsexuelle

Pendant longtemps le mot transsexuelle me faisait peur, pour moi c’était des illuminés qui vivent des vies de merdes entre bois de Boulogne et les hôpitaux psychiatriques, totalement en marge, sur le fil, toujours proche du suicide à cause d’un trouble psychotique ou borderline. Des délirants se prenant pour des femmes.

Puis j’ai étudié la question, lu des témoignages, parlé avec des trans, réfléchi, compris leur logique (que je ne partage pas à 100%) et j’en suis arrivé à la conclusion que les trans sont relativement normaux, en tout cas pas vraiment plus dingues que les autres, que pas mal ont des vies assez normales qui ne laissent pas trahir un trouble mental lourd.

Du coup l’idée d’être moi même transsexuelle ne me dérange plus.

Mais je connais le mot et sa connotation psychiatrique et donc je ne me dis pas transsexuelle mais dans le spectre trans.

De plus j’ai un mal avec ce mot car il est aussi associé à la notion de transsexuelle primaire ou secondaire.

Or a priori je serais secondaire et je sais que secondaire a longtemps signifié « faux trans » ou « pas assez trans » pour les médecins.

Je ne crois plus trop à cette histoire de vraie ou faux trans et mes 2 psychatres non plus.

J’ai tendance à penser que tous les gens qui imaginent sérieusement un jour possible de changer de sexe ou  vivre une autre vie genrée sont trans.

Tous ne vont pas se changer mais tous ont cette flamme trans en eux, ce pousse au trans que 99,5% des gens na pas.

Je pense qu’on est tous dans le même bateau en détresse mais que certains on un bateau qui coulent moins vite car ils ont pu le colmater ou car ils sont dans une eau plus calme.

En clair j’ai pu rester 43 ans en hommes sans jamais me dire fille (enfant) ni femme (adulte) car j’ai développé une sorte d’armure (un rôle d’homme), armure confortable car elle me protège (j’ai l’air normal pour les gens  dehors donc je peux sortir librement et j’ai pu pendant longtemps me voir assez homme pour ne pas me dire trans) mais qui est en carton (je ne me sens pas homme et j’ai envie plus que tout d’être femme donc je ne parviens pas à avoir une vie d’homme normal et je ne veux pas en avoir une). L’avantage du carton c’est que c’est léger donc je ne déploie pas trop d’énergie à la porter (j’ai une dysphorie légère et j’ai même pu garder tout ca inconscient pendant l’enfance).

Mais le carton ne tient pas face à la pluie (la puberté, où la pulsion sexuelle apparait de façon consciente, impliquant d’autres gens que soi même). Alors la supercherie est plus visible et je dois m’habiller en femme et me goder.

Avec le temps, la supercherie  devint flagrante : les coups reçus par l’extérieur (les femmes avec qui j’ai baisé, les hommes avec qui j’ai baisé) mettent en lumière l’illusion et tout se déchire, je ne peux plus sortir avec une femme avec laquelle je fais semblant d’être un homme qui aime les femmes et je m’imagine de façon consciente et sans honte en couple en femme avec un homme.

Je suis dans une phase où j’essaye d’enlever l’armure (parvenir à me dire femme et non juste transgenre ou trans)  via la thérapie avec comme optique la possibilité d’enfiler une robe à la place de l’armure (réasignation hormono-chirurgicale et full time).

Je suis donc en formation pour ne plus jouer au chevalier et pour faire un truc de fille à la place !!

Ca ne devrait pas mettre 10 ans de plus car je sais déjà que j’aime me faire monter (femme et 100% passive dans la sexualité) et que je suis incapable de monter quiconque de façon agréable satisfaisante (à mon avis ni pour moi ni pour la personne que je monte).

Donc je me vois avec une étiquette transsexuelle un jour, ca ne me fait plus autant peur.

Ya encore de la peur mais pas du mot, peur de la vie qui va avec : vie faite de rejet et de stigma social.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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